« Mulholland Drive » de David Lynch

9 juillet 2018

5.2-Mullholandrive-1

Ce film nous plonge dans un Los Angeles nocturne, lugubre malgré le scintillement de ses lumières. Cinématographique aussi puisque l’intrigue – les intrigues devrait-on dire – retrace les expériences mystérieuses et hallucinantes de deux comédiennes, Diane et Rita, qui ne sont en fait que deux fantômes rêvés par deux femmes réelles : Betty et Camilla. On est là dans un Hollywood glamour – mais aussi burlesque – fait de bruissements de caméras, de prises de son et de tournages de comédies musicales; un Hollywood qui fait rêver et attire les prétendantes starlettes. Les signes distinctifs ne manquent pas pour signaler sa dimension mythique : le Hollywood Sign ou le portail de la Paramount par exemple.

Un Los Angeles aussi où les avenues et les boulevards (San Fernando, Sunset, Santa Monica…), malgré les rangées de palmiers en contre plongée, sont parcourus rapidement comme pour nous rappeler que la route est par essence accidentogène. Et la fameuse Mulholland Drive toujours filmée de nuit, comme pour évoquer la dimension angoissante et onirique qui se dégage de ce film.

Mais le film de David Lynch est l’histoire tragique de Diane, amoureuse de Camilla, qui elle préfère la quitter pour un autre amour : Adam, un cinéaste quelque peu bouffon. Éperdue de jalousie, Diane fait assassiner Camilla et se suicide. Cette fin brutale met un terme au rêve que les deux femmes avaient fait. Diane s’imaginait en starlette débutante au nom de Betty. L’autre, Camilla – au nom de Rita, en référence à Rita Hayworth – est une actrice amnésique, ne se souvenant plus de l’accident auquel elle a réchappé. On passe de chacune à son double de façon simultanée. Double identité au carré, rêve et réalité entremêlés, peur et insouciance, magie et raison, vie et mort ! Lynch nous mène dans ce dédale hallucinant avec le suspens, la violence et son art du jeu des illusions qu’il manie en maître, comme lorsque les deux femmes se rendent à un spectacle où un animateur explique que tout n’est qu’illusion et qu’une chanteuse s’effondre sur scène alors que la chanson préenregistrée se poursuit. Jardins denses, visages monstrueux, défigurés, vieillards lilliputiens ricanant, murs gris, longs couloirs lentement parcourus, portes fermées longuement filmées… tout y est pour nous étreindre de peur et d’inquiétude… et ne laisser aucune chance de salut aux personnages.

Un film psychanalytique où le spectateur est convié à se faire interprète des rêves ? À défaire l’écheveau de l’amnésie, de la culpabilité, du dédoublement de personnalité ? Sans aucun doute. Un divertissement critique sur les illusions, les artifices et les paillettes qui se cachent derrière la façade glamour de Hollywood ? Aussi. Mais un film d’une grande complexité, en fait : du cinéma !

Mulholland Drive de David Lynch
Avec Naomi Watts, Laura Harring et Justin Theroux

USA – 2001
Disponible en DVD et Blu-Ray

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