« Bagdad Café » de Percy Adlon : Une Bavaroise en Californie

16 juillet 2018

Bagdad Café_Affiche

Ressorti en 2018 dans une version restaurée 4K, le film de Percy Adlon, Bagdad Café, réalisé en 1987, tient encore bien la route aujourd’hui. Jasmine, cette Bavaroise, avec loden et plume au chapeau, lâchée par son compagnon, se retrouve seule en plein milieu du désert de Mojave. Elle y découvre, un motel délabré et quasi abandonné, le Bagdad Café, et une Amérique profonde figée dans sa torpeur et son immobilisme. Tout y est : la fameuse Route 66; une station d’essence à la Edward Hopper; un motel poussiéreux; une patronne de café survoltée; un artiste peintre façon hippie aventurier logeant dans un van Clipper Airstream en aluminium, de retour en grâce aujourd’hui; un serveur amérindien toujours somnolent; un shérif caricatural, lui aussi amérindien; un pianiste qui égrène ses notes au milieu des clients, mais du Bach cette fois-ci et non pas du Jelly Roll Morton; des routiers de passage aux bras tatoués… Mais il y a surtout cette Jasmine, une étrangère que la tenancière Brenda regarde de travers et qui cherche à se faire adopter. Elle apporte avec elle sa joie de vivre, sa bonne humeur et son amour des autres. Elle va contribuer à la renaissance de l’établissement en le remettant à neuf et en organisant des revues et des tours de magie, aptes à faire venir la clientèle. Tout oppose ces deux femmes, leur origine sociale, leur mode de vie… et même leur façon de faire le café – Ah ce thermos jaune fabriqué à Rosenheim en Allemagne, sorte de fil rouge (ou jaune) du film ! – Mais peu à peu, elles finiront par s’amadouer, s’apprivoiser et s’aimer. Et c’est d’amour encore qu’il est question, lorsque notre aventurier aux bottes de cowboy, Budy Cox, avec délicatesse et pudeur, demande à Jasmine si elle veut bien l’épouser. Et la réponse de Jasmine, à elle seule résume tout le film : « je vais demander à Brenda ». Humour et amour; poésie et amitié; nostalgie et charme; mais aussi la couleur ocre-désert des images et Calling You, chantée par Jevetta Steele font un film jubilatoire, à voir ou revoir impérativement.

Pour la petite histoire, il faut savoir que le Bagdad Café existe réellement, au bord de la Route 66. Le café s’appelait alors le Sidewinder Café, rebaptisé en 1995. Il est fréquenté principalement par des touristes français depuis que le Guide du Routard en avait fait mention dans sa description de la Route 66. Mais en 2017, le café a reçu un visiteur de marque, Percy Adlon lui-même. En effet, lors de l’avant-première de la version restaurée présentée, le 9 juillet 2018 au cinéma parisien le Luminor, un court métrage réalisé à l’endroit même du tournage du film nous a été présenté par Percy Adlon. Il y a emmené ses petites filles visiter ce qu’il en restait. On y voit le bar recouvert de cartes de visites et de mots ou de prénoms français, la vieille caravane Airstream… et l’émotion sur les visages des adolescentes, lorsque leur grand-père leur explique certaines séquences qu’il avait filmées il y a 30 ans.

Bagdad Café (Out of Rosenheim) de Percy Adlon
USA – Allemagne 1987
Avec Marianne Sägebrecht, CCH Pounder, Jack Palance, George Aguilar
En DVD et en salles à Paris depuis le 11 juillet 2018

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