Le blog de Camille et David

J'ai deux mots à vous dire



« Le Cercle Rouge » : Tous coupables ? Un destin commun ?

17 novembre 2020


Photo : AlloCiné


Nous sommes en 1972. C’est l’un des derniers films de Jean-Pierre Melville, le plus américain des cinéastes français. Dans ce Cercle rouge, l’inspecteur Matteï (André Bourvil) est chargé de convoyer par le train le détenu Vogel (Gian-Maria Volonte). Mais ce dernier arrive à s’enfuir. Le hasard le met sur les pas de Corey (Alain Delon) qui, sortant de prison, prépare une « affaire », le cambriolage d’une joaillerie place Vendôme. Vogel se joint à lui, ainsi que Jansen (Yves Montand), un ancien policier alcoolique.
Le titre du film se réfère à la citation de Rama Krishna, que Melville place en exergue. Tôt ou tard, quels que soient les chemins qu’ils empruntent, les hommes finissent par se retrouver à l’intérieur du cercle rouge. Et c’est bien ainsi que se termine l’aventure des trois cambrioleurs, tués par Matteï, qui lui aussi se retrouve à l’intérieur du cercle. Et que fait-il dans le cercle ? Serait-il lui aussi un coupable ? Ses capacités ont-elles été toujours au plus haut comme semble le contester son inspecteur général ? Vogel et Matteï ne sont-ils pas faits de la même chair ? Ne sont-ils pas quelque peu complices comme on pourrait le penser lorsque tous deux menottés courent vers le train. « Un voyage à deux… ça crée des liens » s’exclame à un moment l’inspecteur général. Et Jansen n’est-il pas un ancien policier ? Flic ou truand, c’est du pareil au même.
Le mouvement centripète qui ramène les quatre protagonistes dans cette villa, métaphore du cercle rouge, vient conclure l’intrigue. Mais pour y aboutir le film prend son temps. Il se déroule en sens inverse, de façon centrifuge. Le découpage et le montage des plans se fait de plus en plus lent au fur et à mesure que les quatre protagonistes se rencontrent. 
Des plans rapprochés filment les personnages d’abord seuls : Delon en visite chez le recéleur ou achetant une voiture. Volonte fuyant dans le forêt. Montand avec ses cauchemars dans son appartement ou repérant les caméras chez le joailler. Les rituels quotidiens de Bourvil dans son appartement. 
Mais des plans plus longs ponctuent le récit lorsque chaque protagoniste entre en relation l’un avec l’autre. C’est Bourvil et Volonte dans le train ou lors du déploiement des forces de police en rase campagne aux couleurs brumeuses. C’est Delon et Volonte, lorsqu’ils passent en silhouette sur les toits au moment du vol de la bijouterie. C’est aussi Delon et Bourvil où ce dernier, avec ses Ray-Ban melvilliennes, se fait passer pour un recéleur.
Puis, progressivement, dans des plans plus larges, les duos deviennent des trios. Les trois cambrioleurs se retrouvent pour la préparation du vol. On peut les voir ensemble à l’intérieur de la voiture. Inexorablement, les destins s’entremêlent et s’uniformisent autour de la bijouterie. Les mouvements qui individualisaient les quatre protagonistes, peu à peu les socialisent, d’abord deux à deux, puis à trois. Il y a comme une accélération des mouvements centrifuges qui va jusqu’à la disparition des mobiles individuels des protagonistes. À la place, le récit se dirige vers une
succession de plus en plus dense de plans longs, où tous se retrouvent au coeur du dénouement. Les destins individuels divergents, éclatés, se contractent et s’agrègent à l’intérieur du cercle rouge.
Avec Le Cercle Rouge, Melville signe un chef-d’oeuvre en tous points : structure du récit, mise en scène, découpage et rythme des plans, neutralité dramatique, occultation psychologique… Un sommet.


Le Cercle Rouge
Jean-Pierre Melville
France – 1970
Avec Alain Delon, André Bourvil, Yves Montand, Gian-Maria Volonte, François Perrier…
Disponible en DVD et Blu-ray

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« Outrage » : Le calme après l’orage

20 septembre 2020


Photo : La Filmothèque

La grande actrice Ida Lupino est aussi une grande cinéaste engagée. Son troisième long métrage, Outrage, décrit le calvaire et la résilience d’une jeune femme, Ann Walton (Mala Powers), dans un milieu petit bourgeois de l’Amérique des années 1950. Au lendemain de ses fiançailles avec Jim Owens (Robert Clarke), Ann est victime d’une agression et d’un viol. Sa vie devient un cauchemar et elle n’aura qu’une idée : fuir. S’évader du lieu maudit où on ne la perçoit plus comme la gentille comptable qu’elle est, ni même comme victime. Elle ne supporte plus les regards de sollicitude, de condescendance, de curiosité voire de mépris. Ne serait-elle pas sa propre victime ? Jolie et pimpante, ne serait-elle pas elle-même la responsable de son agression ? Dans son errance, épuisée, elle est recueillie par le pasteur Bruce Ferguson (Tod Andrews) qui lui prodigue attention et soutien sans rien connaitre de son histoire. Ainsi, le pasteur nous est dépeint comme une personne d’une grande humanité, accueillant autrui dans toute son altérité et lui accordant aveuglément sa confiance. Ce en quoi Ann lui est reconnaissante.
Ida Lupino tourne ces premières parties du film en utilisant tous les ressorts du film noir classique, notamment la scène de l’agression. Les effets de contraste lumineux du noir et blanc, plongent le spectateur dans un sentiment d’intense frayeur. Le son, les cadrages, la longueur de certains plans y sont pour beaucoup : l’ombre de l’agresseur se dessinant sur un mur blanc, suivie de sa silhouette ; son sifflement, comme si de rien n’était ; la prise de conscience d’Ann d’être suivie ; les bruits de pas secs qui s’accélèrent de l’agresseur, passant devant une affiche sur laquelle des faces de clowns s’étalent ; la course folle d’Ann entre des colonnes de cartons d’un entrepôt et les camions garés sur un parking puis dans les rues désertes sans aucune aide possible jusqu’au klaxon strident et interminable annonçant l’agression fatale. On n’oubliera pas de sitôt de telles images !
Le lent retour à la vie n’effacera pas la douleur et le traumatisme d’Ann. Lors d’une fête organisée par le pasteur, Ann est exposée aux avances d’un importun qu’elle rejette avec force revoyant en lui celui qui l’avait violée. Dans des efforts d’une tension angoissante Ann, se saisit d’une clé à molette et frappe l’homme. Cette extraordinaire scène avec son cadrage serré sur le visage terrifié d’Ann nous fait penser sans aucun doute à Hitchcock, lorsque dans Le crime était presque parfait, Grace Kelly, se débattant, plante une paire de ciseaux dans le dos de son agresseur.
Outrage : Un film majeur d’Ida Lupino. Un chef d’oeuvre du film noir.

Outrage
Ida Lupino – USA 1950
Avec Mala Powers et Ton Andrews
En salle – en version restaurée – depuis le 9 septembre 202
Disponible en DVD et Blu-ray
À noter : Rétrospective « Ida Lupino Réalisatrice » en 4 chefs-d’oeuvre à partir du 30 septembre 2020.

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« Epicentro » : Hasta siempre !

31 août 2020


Photo : AlloCiné

Hasta siempre Cuba ou Hasta siempre America ? Telle est la question qu’on pourrait se poser, entre autres, à propos du film-documentaire de Hubert Sauper, Epicentro. Tourné avec des habitants de La Havane, le cinéaste nous montre une ville faite de contrastes saisissants où les maisons en ruine côtoient les hôtels de luxe, où la misère des habitants semble occultée par les dollars déversés par les touristes. Ici on a récupéré un ventilateur américain, là un frigo russe. Les tacots américains continuent de séduire les visiteurs et font rêver les jeunes enfants que Sauper filme avec grâce et poésie. Rêve d’Amérique bien sûr, fantasme de devenir des actrices, de se divertir un jour à Disney Land. Le mythe de l’Amérique est toujours là, présent dans les multiples signes filmés par le cinéaste : vieilles Cadillac et Chevrolet, buste de Hemingway, Charlot… et le cinéma qui donne au film ce rythme musical : des extraits du Dictateur de Charlie Chaplin, de Voyage dans la lune de Georges Méliès et la présence surprenante à l’écran de Oona Chaplin, la petite fille du génie.
Le mythe de Cuba irrigue aussi le film. L’utopie de la révolution, c’est le récit que font les enfants programmés par la propagande castriste – notamment cette pétillante petite Leonelis – en chantant par coeur l’hymne national. Et c’est ce folklore, que les touristes viennent photographier. Ce qui ne déplait pas aux autorités qui voient là une source de devises, mais qui n’enchantent pas du tout ni Hubert Sauper, ni les Cubains, qui regrettent que Cuba soit devenu « un pays pour les étrangers ». Mais les mythes se fracassent les uns contre les autres. Les Américains libèrent Cuba de la domination espagnole à la suite de l’explosion du navire USS Maine en 1898. Ils en font tout de suite un film qui va façonner l’identité cubaine. Déjà le cinéma comme outil de la conquête de l’île et de son devenir de « casino de mafieux ». 60 ans après, c’est au tour des révolutionnaires de Castro de prendre le pouvoir. L’utopie castriste contre le mythe du rêve américain. Deux fictions cinématographiques juxtaposées en quelque sorte.
Mais où est donc le Cuba réel ? Hubert Sauper le distille peut-être par petites touches. Est-ce cet homme qui fume le cigare au tout début du film et que l’on retrouve à la toute fin, toujours son cigare aux lèvres mais les pieds dans l’eau des vagues qui déferlent jusqu’au seuil des maisons misérables du Malecon ? Ou bien le rhum et la salsa comme le dit si bien une protagoniste, une façon d’entrer dans le réel… ou de retourner à la fiction, de se perdre dans une nouvelle utopie ? Hubert Sauper nous donne là un film ambigu mais si beau et si poétique.

Epicentro – Les jeunes prophètes de Cuba
Documentaire de Hubert Sauper
Avec Hubert Sauper, Oona Chaplin et des habitants de La Havane
Production : France – Autriche – USA – 2017
Distribution : Les Films du Losange – 2020
En salles depuis le 19 août 2020

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« Spartacus » : Révolution ou libération ?

14 juillet 2020


Photo : SensCritique

Le péplum réalisé par Stanley Kubrick en 1960 et produit par Kirk Douglas se veut avant tout un film aux nombreux messages de combat et de contestation. Message moral d’abord, ce que ne voulait pas Kubrick mais que Douglas imposa. Il s’agit de l’opposition entre le bien et le mal, entre la tyrannie des consuls et généraux de la République de Rome, la révolte contre l’oppression des esclaves gladiateurs et les machinations qui se trament au Sénat. Charles Laughton, en sénateur manipulateur y excelle.
C’est aussi un manifeste contre le maccarthysme, cette fois voulu avec fermeté par Kirk Douglas. Il confie d’ailleurs le scénario à Dalton Trumbo, crédité enfin de son vrai nom au générique après avoir été condamné par la Commission des activités anti-américaines (HUAC) et blacklisté pendant toutes les années 1950.
Toujours sous l’influence de Kirk Douglas, le film est une métaphore de l’exode biblique. Durant toute une grande partie du film, Douglas/Spartacus, le gladiateur révolté fait traverser son peuple d’esclaves vers la mer, tel Moïse guidant le peuple hébreu vers la terre promise. La révolution qu’il déclenche contre Rome est pour Douglas une marche vers la libération des esclaves opprimés. Cette dimension biblique est aussi flagrante lorsqu’à la fin la révolte est matée. Spartacus est crucifié, sa compagne Varinia (Jean Simmons) portant son enfant dans les bras est éperdue de douleur telle Marie-Madeleine aux pieds du Christ en croix. Rome a gagné. Il n’y aura pas de libération pour l’armée de Spartacus.
Mais c’est Kubrick qui tient la caméra. Et il nous offre des moments de cinéma grandioses. Ah ce combat à mort où le gladiateur Draba désarme Spartacus et refuse de le tuer. Dans une scène de révolte explosive, Draba lance son trident vers la tribune où se trouve le consul Crassus (Laurence Olivier) qui achève le gladiateur d’un coup de poignard. Et ces scènes de bataille géométriques des légions romaines aux mouvements panoramiques et lents créent une tension à couper le souffle. Cerise sur le gâteau, lorsque Crassus exige des captifs qu’ils dénoncent Spartacus. À sa grande surprise tous déclarent : « Je suis Spartacus ». On devine ici encore une référence au maccarthysme, lorsque Dalton Trumbo et Howard Fast, l’auteur du roman Spartacus, avaient été emprisonnés pour avoir refusé de témoigner devant l’HUAC.
Spartacus, un film moral, épique et découpé comme un collage de Matisse.

Spartacus
Stanley Kubrick

USA – 1960
Avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Charles Laughton, Tony Curtis, Peter Ustinov, Jean Simmons…
Disponible en DVD et Blu-ray

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« French Connection » : Poursuites dans la ville

6 juin 2020


   Photo: AlloCiné


    Photo: AlloCiné

Avec French Connection, William Friedkin réalise le film probablement le plus percutant et spectaculaire de son oeuvre cinématographique. Film de poursuite s’il en est, la caméra serre en gros plans les courses folles de deux policiers, Jimmy Doyle, dit Popeye (Gene Hackman) et Buddy Russo (Roy Scheider) dans leur traque de trafiquants de drogue. Et c’est dans cette chasse à l’homme que l’on assiste à la fameuse course/poursuite entre la Pontiac pilotée par Gene Hackman et la rame du métro aérien où se cache le truand marseillais (Marcel Bozzuffi). Une séquence de dix minutes, filmée caméra à l’épaule, hallucinante… on en a le souffle coupé. Dans le documentaire que Francesco Zippel lui a consacré en 2018, Friedkin Uncut, William Friedkin raconte avec humour que cette séquence a été filmée directement dans les rues de New York, dans le trafic habituel, sans accidents heureusement. C’est d’ailleurs l’une des forces de French Connection d’avoir été tourné comme un documentaire, où l’on voit bien la fébrilité newyorkaise. Ce souci de filmer la réalité en mode documentaire, on le retrouve dans la suite, French Connection 2, réalisée par John Frankenheimer en 1975. Tourné à Marseille, Gene Hackman (toujours lui dans le même rôle) déambule dans une ville qui tourne le dos à la carte postale, avec ses rues étroites, ses bâtiments délabrés, ses quartiers louches…
Retour à New-York. Toute aussi haletante est la poursuite dans le métro dans laquelle Gene Hackman, dans des ouvertures/fermetures de portes à la Tati essaye de ne pas perdre la trace du puissant trafiquant marseillais Charnier (Fernando Rey). Il la perd tout de même et l’on voit Charnier, derrière la vitre du métro faire un signe de la main à Gene Hackman, dépité. D’ailleurs, dans les deux films, Charnier finit toujours par échapper aux poursuites de Gene Hackman. À New York, la fusillade à la fin du film dans un entrepôt est filmée avec une virtuosité époustouflante, expressionniste. À Marseille, Charnier échappe à Hackman alors que celui-ci avait mis le feu dans un hôtel délabré où il avait été enfermé et où se cachaient Charnier et sa bande. Ou bien lorsque la cale sèche où se trouvait un bateau avec une cargaison de drogue pour Charnier fut inondée (un moment grandiose de cinéma catastrophe).
Gene Hackman, déçu et frustré de n’avoir pas pu atteindre Charnier à la fin du premier French Connection à New York, va donc chercher à prendre sa revanche, dans la suite de Frankenheimer, à Marseille. Dans la séquence finale, après une attaque par Hackman et les policiers français de l’usine de fabrication de drogue que dirige Charnier, digne des plus grands polars, celui-ci arrive à s’enfuir encore, d’abord dans un tram puis dans son yacht. Dans une course folle, solitaire et émouvante, Hackman le poursuit, essoufflé mais déterminé, en longeant le port au plus près du yacht. Il vise, il tire, Charnier tombe. Fin. Voici donc un cinéma où Friedkin et Frankenheimer poursuivent Gene Hackman poursuivant Fernando Rey : suivez-les en DVD.

French Connection
William Friedkin
USA – 1971
Avec Gene Hackman, Roy Scheider, Fernando Rey, Marcel Bozzuffi
Disponible en DVD et Blu-ray

French Connection 2
John Frankenheimer
USA – 1975
Avec Gene Hackman, Bernard Fresson, Fernando Rey
Disponible en DVD et Blu-ray

Friedkin Uncut, William Friedkin, cinéaste sans filtre
Francesco Zippel
Italie 2017
Disponible en DVD et Blu-ray

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« Tous en scène » : Un divertissement élégant

25 avril 2020


Photo : La voix du 14ème

Encore un merveilleux musical produit par la MGM après le chef-d’œuvre Chantons sous la pluie. L’élégance de Tous en scène (The Band Wagon) est due à l’art extraordinaire de la danse de Fred Astaire et de la sculpturale Cyd Charisse. Leurs duos emportent le spectateur dans des imaginaires de rêve enthousiasmants. Celui d’un romantisme distingué dans les allées de Central Park, ou celui d’un dynamisme effréné sur un plateau de théâtre. Celui rythmé des claquettes avec un cireur de chaussures ou encore celui à l’érotisme aux accents jazzy dans un cabaret interlope.
Tony Hunter (Fred Astaire), un ancien danseur populaire, est de retour sur scène. Confronté à une pratique théâtrale qu’il considère ennuyeuse, il arrive à imposer sa propre vision et c’est lui maintenant qui mène la danse et dirige l’organisation des spectacles. Les répétitions s’enchaînent entre bonne humeur et scènes chantées et dansées pour notre plus grand plaisir. À côté du divertissement, dans une sorte de mise en abyme, Vincente Minnelli décrit de façon quasi documentaire l’organisation et la mise en scène d’une oeuvre théâtrale. L’humour est aussi de la partie. Fred Astaire se demande si Cyd Charisse n’est pas trop grande de taille pour lui. Le scénariste s’étrangle chaque fois que l’on modifie son texte. Le directeur du théâtre, dans des poses grandiloquentes et des jeux de cape calculés, énonce pompeusement ses théories et ses tirades. Les machinistes et décorateurs ratent leurs effets techniques, comme ces fumées épaisses envahissant le plateau…
Plaisir, danse, humour… alors Tous en scène ! À voir et à revoir.

Tous en scène
De Vincente Minnelli (The Band Wagon)
USA – 1953
Avec Fred Astaire et Cyd Charisse
Disponible en DVD et Blu-ray

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« 3h10 pour Yuma » : Le train de la rédemption

6 avril 2020


Photo : AlloCiné

Dans ce remake du superbe western de Delmer Daves de 1957, James Mangold signe là un renouveau du genre, sans paraphraser et sans dénaturer l’histoire et ses péripéties. En revanche, il y apporte le jeu extraordinaire des deux comédiens principaux Christian Bale et Russell Crowe et la recherche effrénée et complexe de leur moi profond.
Amputé d’une jambe, Dan (Christian Bale) est un fermier endetté, menacé par la sécheresse qui a détruit ses terres. Il assiste avec son jeune fils à une attaque sanglante d’une diligence par le célèbre chef de gang Ben Wade (Russell Crowe, imposant par sa décontraction et son ironie subtile). Plus tard, dans la ville de Bisbee, Dan, voulant éviter de vendre sa ferme à l’un de ses créanciers, tombe sur Wade dans un saloon et contribue à le faire arrêter. En échange de 200 dollars, il se porte volontaire pour escorter le hors-la-loi jusqu’à la gare de Contention où le train de 3h10 doit le conduire au pénitencier de Yuma. De retournements de situation en coups de feu, de chevauchées en fusillades et en tueries, Dan atteint enfin son but mais est tué par Pearce, le lieutenant de Wade. Wade tue alors Pearce et tous ses coéquipiers et monte dans le train. C’est l’occasion pour William, le jeune fils de Dan de reconnaitre en son père un héros, incorruptible et fidèle à ses principes. Dans cette fin tragique, James Mangold laisse voir, non seulement l’extraordinaire loyauté de Dan envers lui-même mais aussi son message de bravoure et de fierté qu’il transmet à son fils. Comme dans Le train sifflera trois fois (voir l’article du 27/11/2019), Dan est un héros solitaire, abandonné et trahi par le shérif et par ceux-là mêmes qui devaient l’aider dans son périple. Il sera même pourchassé par les habitants de la ville à qui Pearce et la bande de Wade promettent une prime de 200 dollars pour abattre Dan ou l’un ou l’autre des convoyeurs de Wade.
La succession de gros plans sur les visages de Wade menotté, et de Dan, fusil en main, dans l’hôtel attendant le train ou courant à travers les balles (un sommet), traduisent une cohabitation psychologique complexe où chacun découvre en l’autre son humanité, sa violence et ses faiblesses. Ils s’affrontent dans des dialogues subtils, changent simultanément de statut, se mesurent et peu à peu se comprennent et se respectent mutuellement. Le comportement de Wade tuant son lieutenant vient apporter la preuve du bouleversement qui s’opère en lui : il comprend Dan et entre en sympathie avec lui. Wade trouve-t-il alors la rédemption ? Ou bien retournera-t-il à ses démons ? Etonnante fin que nous propose ici James Mangold : une fois dans le train, après la course folle vers la gare, Wade sera-t-il enfermé à Yuma pour son salut ou bien, sifflant son cheval, attaquera-t-il à nouveau des diligences ? 3h10 pour Yuma, chef d’oeuvre ? Assurément.

3h10 pour Yuma
De James Mangold

Avec Christian Bale, Russell Crowe et Peter Fonda
USA 2007
Disponible en DVD et Blu-ray

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« Dark Waters » : Une lutte inégale

8 mars 2020


Photo : AlloCiné

Dark Waters, le dernier film de Todd Haynes, est un thriller judiciaire qui pourrait être un film catastrophe. En Virginie Occidentale, un éleveur, Wilbur Tennant (Bill Camp) demande à un avocat d’un grand cabinet de Cincinnati Rob Billot (Mark Ruffalo) de le défendre contre l’empire chimique DuPont. Il accuse l’entreprise de polluer les eaux de ses terrains entraînant la mort de ses vaches. D’abord réticent, Rob Billot décide de s’engager dans un parcours qui va le mener progressivement de l’intuition à la certitude des méfaits de DuPont et faire éclater la vérité (Affaire du Teflon au début des années 2000). Et que d’embûches sur sa route. Que de coups, de mensonges, de manipulations, d’intimidations et de mauvaise foi devront supporter, Rob, son client et toutes les victimes de DuPont. Que de mépris manifeste de ce monde riche et puissant, enfermé dans ses réceptions et ses buildings. Ne voit-on pas à un moment un dirigeant de DuPont, en smoking, arrogant, dire à Rob Billot : « Tu te bats pour un pauvre pèquenot maintenant ? ». Rob ne se laisse pas démonter. Son parcours est un véritable suspense. Il poursuit sa recherche avec acharnement, ébranlé un peu plus à chaque découverte et y laissant sa santé. Chaque fois qu’il avance dans la compréhension des agissements de DuPont, la caméra le filme en gros plan, dans son bureau, au volant de sa voiture, abasourdi par les révélations qui lui apparaissent. On le voit, enfermé au sous-sol de son bureau, au milieu d’une tranchée de documents, où des plans se superposent, faisant ainsi monter les milliers de documents jusqu’au plafond, et lui, à chaque fois un peu plus ratatiné, écrasé par la tâche.
Si le combat de Rob permet aux victimes d’être largement indemnisées – une broutille pour DuPont -, le mal est fait cependant. Todd Haynes filme la nature désolée et souillée dans un gris macabre, comme un hiver permanent, comme dans un film fantastique. Et si la justice triomphe, le spectateur, lui, ne voit pas son malaise disparaitre. Malaise que Todd Haynes ne cherche pas à apaiser en faisant de son film une métaphore des dégâts d’un certain capitalisme américain. Une histoire pas si lointaine… et ô combien actuelle.

Dark Waters
Todd Haynes

USA – 2019
Avec Mark Ruffalo, Tim Robbins, Anne Hathaway
En salle depuis le 26 février 2020
Disponible en DVD et Blu-Ray

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« Le cas Richard Jewell » : Seul contre tous

2 Mars 2020

Le cas Richard Jewell, le dernier film de Clint Eastwood ne déroge pas à ses obsessions. Il est encore ici question de héros ordinaires face à des situations extraordinaires comme dans ses récents films Sully (2016) ou La Mule (2018). L’agent de sécurité, Richard Jewell (Paul Walter Hauser), respectueux des lois et de l’ordre, rêve de devenir un grand policier car, comme lui dit sa mère Bobi (Kathy Bates), il « est encore un bon gars prêt à chasser les méchants ». Lors d’un concert dans le Parc du Centenaire d’Atlanta, il découvre un colis suspect. Il prévient la police, fait évacuer la foule et permet ainsi d’éviter le massacre que l’attentat aurait pu déclencher. Immédiatement, les médias vont en faire un héros national. Il est célébré. Tout le monde le salue. Il passe à la télévision… Mais, et c’est ici qu’intervient l’art de Clint Eastwood, le déroulement du film change de trajectoire : le héros devient suspect. Les médias et le FBI l’accusent d’avoir lui-même posé la bombe. Là où il rêvait d’ordre et de reconnaissance, voici que le monde s’abat sur notre agent de sécurité, transformant sa vie en calvaire, broyé par les puissances institutionnelles. Les journalistes ne le photographient plus comme une star, mais l’épient. Une série de plans se font face judicieusement montrant la confrontation entre Richard et sa mère consternés, barricadés dans leur appartement et la meute de journalistes dans la rue, vindicative, qu’on aperçoit à travers les stores. Intérieur sombre et silencieux ; extérieur éclairé et bruyant. Intérieur, solitude individuelle ; extérieur, domination institutionnelle. Magnifique moment de cinéma.
Les accusations et les humiliations font feu de tout bois. Clint Eastwood les décrit avec force caricature. La journaliste Kathy Scruggs (Olivia Wilde) est prête à toutes les bassesses pour arriver à ses fins : faire un scoop sur la culpabilité de Richard. Et en effet, c’est dans un bar à l’ambiance sombre qu’elle séduit l’agent du FBI en échange de l’information. Quant à l’agent du FBI Tom Shaw (Jon Hamm), c’est un summum de cynisme et de manipulation grotesque et ridicule. Humiliation encore que le défilé des cartons et des ustensiles personnels de Bobi que l’on emporte, puis plus tard que l’on rapporte et que Clint Eastwood traite avec humour pour bien signifier comment le FBI viole l’intimité de Richard et de sa mère.
Mais avec l’aide, la défense et l’humour de son avocat, Watson Bryant (Sam Rockwell), le procureur finira par reconnaitre qu’il n’y a aucune preuve de la culpabilité de Richard. L’émotion est à son comble quant Bobi, la mère de Richard, les larmes aux yeux, défend l’innocence de son fils lors d’une conférence de presse organisée par Watson. La caméra d’Eastwood décrit alors un travelling circulaire et vient se poster devant le visage en larmes de la journaliste. C’est là sa rédemption avec celle de Richard Jewell. Dans sa diatribe contre les institutions américaines, Clint Eastwood magnifie la force et l’autonomie de l’individu. Il reste malgré tout un grand optimiste pour qui le rêve américain est encore d’actualité.

Le cas Richard Jewell
Clint Eastwood
USA 2019
Avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Jon Hamm, Olivia Wilde
En salles depuis le 19 février 2020
Disponible en DVD et Blu-ray

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Kirk Douglas est mort, son combat reste en vie

9 février 2020


Kirk Douglas dans Spartacus
Photo : Le Huffington Post

Kirk Douglas, le cowboy à la fossette perd son dernier duel avec la vie après plus d’un siècle de combats. Oui, Kirk Douglas était un combattant. Étudiant, il pratiquait déjà la lutte pour imposer ses origines sociales modestes et faire face aux attaques antisémites. Contre des studios, qui brimaient sa liberté, il rompt son contrat avec Warner pour tourner dans La captive aux yeux clairs, un western de Howard Hawks et Les ensorcelés de Vincente Minnelli. On le retrouve encore dans des westerns à succès comme L’Homme qui n’a pas d’étoile de King Vidor ou le légendaire Règlement de comptes à O.K. Corral dans lequel il interprète, à côté de Burt Lancaster, le rôle du fameux Doc Holliday. Un sommet. Il est alors l’une des stars les plus populaires du cinéma américain. En tant que producteur, il engage un jeune metteur en scène prometteur, Stanley Kubrick pour réaliser Les Sentiers de la gloire et surtout, trois ans plus tard Spartacus.
Spartacus était pour Kirk Douglas le symbole de son engagement et de son combat contre l’ostracisme qui avait frappé les « Dix d’Hollywood » et leur condamnation par la Commission des activités anti-américaines en 1947. C’est grâce à lui que Dalton Trumbo a pu enfin sortir de la « Liste noire d’Hollywood » en figurant au générique de Spartacus, comme scénariste, sous son vrai nom. Ses combats, c’était aussi la lutte contre la ségrégation raciale et l’antisémitisme. Il affirmait toujours sa judéité et les origines modestes de sa famille venue de Biélorussie. A travers ses films, il prenait la défense des Indiens comme dans La captive aux yeux clairs ou Le Dernier train de Gun Hill de John Sturges et ne manquait pas de critiquer les militaires comme dans Les Sentiers de la gloire.
Avec cet humaniste, l’Amérique et le monde perdent une grande voix pour la démocratie, la liberté d’expression et le courage politique.

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