17 mars 2026

Ecrit en 1926, ce western littéraire a été porté à l’écran en 1948 par Alfred E. Green sous le titre Four Faces West. Eugene Manlove Rhodes y décrit la longue chevauchée d’un hors-la-loi, Ross McEwen, à travers le Nouveau Mexique, poursuivi par le légendaire shérif Pat Garrett, après avoir dévalisé un commerçant-banquier. Le récit se déploie dans un style d’écriture proche de la construction cinématographique. C’est une véritable mise en scène que l’auteur développe avec ses indications scéniques, ses plans fixes et plans-séquences… On y retrouve tous les codes du western. McEwen est un vrai cow-boy, comme Rhodes lui-même l’avait été dans sa jeunesse. Sur plus de deux pages le narrateur décrit avec minutie, comment McEwen arrive à dresser un bouvillon et à le monter. Comme les indiens, il sait émettre des signaux en agitant une couverture devant le feu. Il a une connaissance géographique et géologique stupéfiante du territoire qu’il foule. Les paysages majestueux et grandioses qu’il arpente sont dépeints dans un style flamboyant : « collines enchantées », « sol aride d’un blanc aveuglant… ». On a l’impression d’être devant un écran sur lequel viennent se projeter les images de John Ford ou, bien sûr, de Alfred E. Green. Et on entendrait presque Dean Martin chanter My Rifle, My Poney And Me.
McEwen est un bandit certes, mais il a ce que les hors-la-loi n’ont pas : le sens moral. Il est honnête. Il règle au commerçant les achats avec l’argent qu’il lui a dérobé. Solitaire, il réfléchit, il se parle à lui-même ou à son cheval. Dévoué au bien, il vient au secours d’une famille mexicaine malade.
Il a aussi des faiblesses, il est fatigué, il a des vertiges… Vraiment, il ne correspond pas au cow-boy archétypique. Finira-t-il par trouver la rédemption au terme de ses épreuves ?
La fin est relatée par le personnage picaresque du nom de Monte qui, au début du roman, racontait à ses interlocuteurs, dans un style haut en couleur, le forfait de McEwen. Il nous décrit son départ, son arrêt au fameux Monument El Moro sur lequel tant de personnages glorieux ont gravé leur nom. Lui aussi Pasó por aquí (est passé par là), lui aussi est un homme vertueux, « nous sommes tous des gens biens » conclut Monte.
David Azoulay
Pasó por aquí
Eugene Manlove Rhodes
Trad. de l’anglais (États-Unis) et postfacé par Serge Chauvin. Éd. Actes Sud, 116 p.
Article paru dans le journal en ligne En attendant Nadeau, n° 202 du 30 juillet 2024
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