23 juillet 2026

Photo : Poster Hub Studio
Comme souvent, John Ford ne manque pas d’insérer dans la trame des ses films des réflexions politiques : anticommunisme, catholicisme, patriotisme, espérance sociale, racisme… Ici, dans L’homme qui tua Liberty Valance, la démocratie, la loi, la liberté de la presse, le républicanisme sont au coeur de sa démarche cinématographique.
Le film se structure autour de trois personnages principaux : le sénateur Stoddard (James Stewart), le bandit Liberty Valance (Lee Marvin) et le calme et puissant Tom Doniphon (John Wayne), respecté de tous, dans la petite ville de l’Ouest, Shinbone. Se rendant dans l’Ouest pour instaurer le respect de la loi et la démocratie, Stoddard, alors jeune avocat, est attaqué par Liberty Valance et sa bande. Dans une séquence d’une extrême violence, il est fouetté et laissé quasiment pour mort. Doniphon vient à son secours et lui apprend qu’il a été attaqué par Liberty Valance, un bandit sans foi ni loi semant la terreur sur son passage. Stoddard, épris de justice, jure de faire arrêter le malfrat. Les scènes où Valance déchaîne sa fureur se répètent d’ailleurs à plusieurs reprises faisant du fouet la synecdoque de son personnage. C’est d’ailleurs la première image que Stoddard perçoit, en gros plan, lorsque, employé comme serveur, il entre dans la salle de restaurant pour servir les clients. Scène annonciatrice d’une séquence culte, celle où Tom Doniphon exige de Valance qu’il ramasse le steak que Stoddard a renversé à la suite du croche-pied que le fouetteur lui a asséné. La confrontation se dénoue par le départ de Valance et sa bande, non sans claquements de fouet et tirs de révolver à travers la ville.
Toujours dans sa volonté de justice, Stoddard cherche à éduquer la population et à lui inculquer l’esprit républicain. Il devient ami de Peabody, le directeur du journal local, le Shinbone Star. C’est ensemble qu’ils vont organiser des élections pour désigner des représentants à la Convention. La séquence est un exemple de l’art de John Ford et de son chef opérateur pour traduire l’atmosphère de ces scènes de foule où règne le bruit, la joie, la fumée des cigares et les effluves de l’alcool. « Le bar est ouvert » crie Tom Doniphon au terme du vote. Stoddard et Peabody sont élus. Valance, représentant des propriétaires de ranchs, est battu à plates coutures. Bien sûr, il n’appréciera pas l’article que Peabody consacre à sa défaite et avec sa fureur habituelle se lance avec sa bande dans la destruction sauvage du siège du journal, fait avaler les pages du journal à Peabody et le laisse pour mort après l’avoir violemment fouetté. Ce saccage systématique est filmé dans une succession de plans courts et rapides d’une netteté à couper au couteau. On est tout à la fois fasciné et épouvanté par l’habileté d’un tel montage.
Déconfit aux élections, Valance provoque Stoddard et lui enjoint de l’affronter en duel le soir. Deuxième grande scène culte ! Incapable de se servir d’une arme, Stoddard refuse de partir comme lui recommande ses amis et accepte le duel, probablement perdu d’avance. Contrairement aux canons du western classique où les duels se déroulent au grand jour au milieu de la rue, les deux protagonistes sont filmés dans la pénombre, la nuit. Stoddard, blessé au bras, avance avec difficulté… le coup de feu part… Valance s’effondre. Par la suite, on apprend que c’est Tom Doniphon qui a tiré et tué Valance. Là encore la maestria de John Ford joue à plein. La caméra remonte le temps. Ce ne sont plus deux protagonistes qui s’affrontent. Ils sont maintenant quatre, dans la profondeur de champ du panoramique, Stoddard et Valance sont toujours là faiblement éclairés et en premier plan Doniphon et Pompey, son aide. L’ensemble du plan raconte une histoire, comme dans une pièce de théâtre : Stoddard et Valance lèvent leur revolver et se mettent en joue, Pompey lance un fusil à Doniphon qui arme et tire. Valance s’écroule. Fin.
Deux séquences donc. La première, une scène tronquée, donnant l’illusion de la réalité (Stoddard tue Valance). La seconde, une scène élargie (Doniphon tue Valance) qui reconstruit le déroulement de la réalité. Superbe procédé d’élaboration des images et de mise en scène : jouer sur le vrai et le faux.
Et c’est précisément sur le vrai et le faux que se termine cette histoire. Histoire que Stoddard, devenu sénateur, raconte à un journaliste, vingt ans après les faits. « Vous n’allez pas publier cette histoire » demande-t-il au journaliste. « Non monsieur. Nous sommes ici, dans l’Ouest. Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ».
L’homme qui tua Liberty Valance
De John Ford
USA – 1962
Avec James Stewart, Lee Marvin, John Wayne, Edmond O’Brien
Disponible en DVD et Blu-ray
==================================================================