« Duel au soleil » de King Vidor : sensualité, religion et censure à Hollywood

13  décembre 2018


Photo Sens Critique

Réalisé en 1946 par plusieurs cinéastes dont Joseph Von Sternberg, c’est bien King Vidor qui signe ce fascinant western. Mais c’est bien plus qu’un western. Malgré les paysages aux couleurs éclatantes, les conflits entre les propriétaires terriens et les compagnies de chemin de fer, les chevauchées de cow-boys, Duel au soleil est une véritable tragédie. Elle met en scène les deux fils d’un riche éleveur de bétail, Lewt (Gregory Peck) et Jesse (Joseph Cotten) séduits par Pearl (Jennifer Jones) une jeune métisse recueillie par la famille après l’exécution de son père. Lewt va séduire la jeune femme. Dans une étreinte violente, elle se donne à lui, mais Lewt lui refuse le mariage. Dépitée, elle épouse un autre homme, que Lewt ne tardera pas à tuer. Jesse à son tour demande à Pearl de venir vivre avec lui, ce que Lewt ne peut accepter. Il provoque son frère et le blesse, puis revient vers Pearl et lui promet de l’épouser. Mais la fougueuse Pearl se retourne contre Lewt et tous deux finiront par s’affronter dans un duel meurtrier, d’une force et d’une sensualité sauvages, haine et amour confondus.
Au-delà de sa dimension flamboyante et de son intensité dramatique, la sortie en DVD de Duel au soleil m’incite à revisiter les relations tumultueuses et conflictuelles entre les producteurs de Hollywood et les instances de contrôle et de régulation des films le plus souvent sous influence, voire dirigées par les institutions catholiques durant les années 1940 et 1950. Duel au soleil laisse transparaitre le caractère autoritaire de David Selznick, le producteur du film et l’administration du code de production (PCA), l’organisme chargé du contrôle et de l’autorégulation mis en place par les studios en 1934 et de veiller à ce que le contenu des films soit en conformité avec les valeurs morales de l’Église catholique.
Le film permet d’entrevoir ces tensions lorsque la sexualité et les passions amoureuses violentes sont en jeu. En effet, la PCA refuse de valider une telle histoire. Selznick apporte quelques changements mais refuse de retirer la scène de l’étreinte fougueuse entre Pearl et Lewt. Joseph Breen, le patron de la PCA demande à nouveau que la scène finale où les deux amants s’entre-tuent, ne meurent pas enlacés comme cela est prévu. Selznick refuse mais accepte de raccourcir le plan. Après de multiples négociations entre Selznick, les organismes de contrôle et des membres du clergé catholique, le film est autorisé, mais classé comme « partiellement offensant ». En fin de compte, la sexualité et l’érotisme torride qui se dégagent du film, malgré quelques aménagements mineurs, restent entiers et permettent à Selznick de garder intacts son pouvoir et sa notoriété.

Duel au soleil
King Vidor – USA 1946
Disponible en DVD et Blu-ray

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